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MacBidouille

Les CPU des Mac : Motorola 88110

Juste la photo me scie. On comprend qu'Apple vise NeXT, sa NeXTcube et Steve Jobs...

C'est le projet Jaguar, le dernier projet Apple de 1990 après avoir tout essayé et s'être débattu dans tous les sens, en essayant tout et surtout n'importe quoi, du grand n'importe quoi!
Mais là Apple met le paquet tant au niveau matériel, OS et logiciel qu'en terme de design.

On est là fin 1990 sur le projet Jaguar, avec une CPU Motorola 88110 et un travail de design fantastique, qui renvoie aux rebuts de l'histoire les PC de l'époque pour aller chatouiller le NeXTcube de Steve Jobs.

Même deux fois plus lent qu'un 68040, je me serais endetté sur 30 ans pour avoir ça sur mon bureau, et je n'aurais certainement pas été le seul!

Le but du projet Jaguar, ou ses buts

Le NeXTcube avait secoué le cocotier, au moins médiatiquement, Intel avait sorti l'an passé son 486 avec un énorme saut de performance générationnel sur le 386, et si l'avenir était bien aux interfaces graphiques peaufinées, il était évident que l'OS devait être au moins multiprocessus si pas multithread.
Puis le beige ça va un moment, mais ça lasse...

John Sculley a confié à Hugh Martin la tâche de remettre tout cela à plat et de faire faire un bond en avant au Macintosh en adressant tous ces points, à la fois!
Les 12 travaux d'Hercules façon Macintosh.

Motorola 88110 par pression de la direction

La CPU a été facile à choisir, ou plutôt à ne pas choisir, John Sculley et la direction voulait conserver leur partenariat avec Motorola.
Il n'y a donc pas eu photo, Apple aurait pu devenir le premier client majeur de Motorola pour ses 88k, poussant d'ailleurs Ford à lui emboîter le pas quand Motorola a communiqué dessus en y investissant un milliard de dollars!

Ford suivra les traces d'Apple aussi lors du passage au PowerPC!

Jaguar OS

NeXTstep avait d'une façon pavée une voie originale, utilisant un micro-noyau pour les services de base, associé à un OS plus développé au-dessus et une interface graphique intégrée.
On est loin du modèle MS-DOS + Windows de l'époque, du bricolage de génie façon Géo Trouvetou tenant avec des ficelles et beaucoup de ruban adhésif, mais Microsoft y viendra avec Windows NT.

Voilà que la décision est prise de faire de même pour le projet Jaguar: utiliser un Unix-like de Carnegie-Mellon intégrant un micro-noyau Mach, ce dernier étant aussi dans différentes versions à la base de NeXTstep puis logiquement d'OS X et ayant inspiré celui de Windows NT.

C'est un choix très ambitieux et un choix d'avenir, qui avec le recul est pour moi excellent!

Incompatibilité totale

La CPU est incompatible avec les 68k, l'OS aussi avec l'OS existant d'Apple, les choix étaient radicaux, un peu comme le passage des Apple ][ au Macintosh où tous les logiciels ont été à foutre à la poubelle sauf à utiliser l'émulateur logiciel vendu par Apple qui se traînait lamentablement et se révélait peu compatible avec les logiciels protégés ou trop bien optimisés!

Évidemment adapter le Finder sur une plateforme Unix allait être très compliqué, ce premier étant trop lié au matériel, nécessitant de nouvelles versions avec chaque évolution et des fois des versions spécifiques et uniques à un Macintosh.

Il y avait donc aucune raison pour que cela marche, excepté le travail forcené des excellents ingénieurs du groupe Jaguar!

Emulation 68k pour offrir une compatibilité aux logiciels

Le 88k n'est pas compatible avec le 68k?
Qu'à cela-ne-tienne, l'équipe a créé un émulateur 68k qui aurait les performances d'un 68020 soit moins de la moitié d'un Macintosh 68030 comme le Mac IIx, mais aussi avec 90% de compatibilité, ce qui avait alors été jugé suffisant pour la transition.

J'ai de sérieux doutes sur les performances effectives de l'émulation, en dehors de calculs flottants puisque le 88110 équipé d'une FPU et pas le 68020, ou d'usage intense de routines du Finder recodées ou recompilées nativement.

On retrouvera là le modèle qui a prévalu pour Rosetta [1], mais aussi pour le passage au PowerPC.

Faire tourner le Finder via l'émulation 68k

Pas besoin de tout refaire, ils ont juste changé les appels au matériel en appel de services, émuler l'essentiel du Finder, tournant alors via son code 68k, et ré-écrire en 88k les routines critiques en terme de performances.

Le Finder tourne donc en fait dans un simple processus Unix, permettant d'envisager de lancer en parallèle de multiples applications, puisque la mémoire paginée et virtualisée.
Mais chacune avec son propre Finder si voulant profiter du multitâche préemptif et non coopératif, et de la sécurité qui va avec un process séparé sous un Unix-like.

Il restait un immense problème sur le fond, créer une nouvelle interface proche du Finder pour les futures applications natives...

Design

Cette section est laissée intentionnellement vide: regardez le visuel!

Notez que ça pourrait être une réalisation de Giugiaro, ce qui saute aux yeux.

La guéguerre des chefs de clan

Un peu comme l'histoire de l'iPhone que certains voulaient créer comme un iPod étendu et d'autres comme un mini-iPad qui existait déjà à l'état de prototype, le groupe Jaguar c'est heurté au groupe Cognac travaillant sur d'autres architectures.

Le groupe Cognac, qui travaillera d'ailleurs sur le passage au PowerPC, était un groupe plus important et plus développé et dans la guéguerre des chefs, ils ont gagné, John Sculley n'étant pas capable d'arbitrer réellement et d'imposer sa vision.

Une opportunité ratée, ou heureusement abandonnée?

On ne saura jamais!

La poule et l'œuf: la famille 88000 de Motorola s'est-elle cassée la gueule faute d'avoir été choisie pour les Macintosh, ou ceux-ci auraient-ils été emportés dans les abîmes avec l'incapacité potentielle de Motorola de financer ses développement ultérieurs?

La semaine prochaine vous aurez droit au retour de la vengeance de la mort qui tue!

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